dimanche 26 juillet 2009

Le redécoupage Marleix dans l'Allier

Durant tout l'été, les Artisans-Politologues publient une série de posts sur le projet de redécoupage électoral, département par département
Pour des raisons démographiques, l'Allier, qui comptait quatre circonscriptions depuis 1958, en perd une lors de ce redécoupage. L'opposition conteste fortement ces coups de ciseaux d'Alain Marleix, auxquels la commission consultative ne trouve rien à redire, et qui va consister en un recentrage géographique autour des trois grandes villes du département.
1ere circonscription (Moulins)
L'ancienne 1ere circonscription englobait la préfecture Moulins et le Nord-Est du département. La nouvelle devrait en reprendre la majorité des cantons, ainsi qu'une grande partie de ceux de l'ancienne 3e circonscription, qui était la plus rurale des quatre. Les anciennes 1ere et 3e avaient la particularité d'être repassées à droite en 2002, avant de basculer à nouveau à gauche lors des législatives de 2007.
Sur la carte ci-dessus, la droite part avec un avantage. Sur les 13 cantons de cette nouvelle circonscription, huit penchent vers elles (en bleu clair), dont les deux de Moulins, celui d'Yzeure restant plutôt attaché à la gauche (en orange). De plus, tous les cantons écartés penchent au minimum à gauche.
Cependant, ce genre de carte, qui s'appuit sur les résultats des cantonales entre 1958 et 2008, doit être lu avec moult précautions concernant un département qui zappe régulièrement entre communistes et modérés depuis 1979.
Ainsi, si le canton de Chevagnes est indiqué favorable à la droite, c'est celui qui a fait basculer le conseil général à quelques semaines des cantonales de 2008, en élisant un conseiller communiste. Même chose pour celui de Souvigny, fief de droite depuis 1967 mais représenté par le PCF depuis 1998.
De plus, le secteur est réputé pour élire des députés avec une majorité étriquée au second tour. Dans la 1ere, Pierre-André Périssol (RPR puis UMP) a obtenu 50,73 et 50,12 % des suffrages exprimés en 1993 et 2002. Dans la 3e, le divers droite Yves Simon a rassemblé 50,72 % en 2002, et le socialiste Jean Mallot 50,80 en 2007.
L'élection de 2012 se jouera vraisemblablement sur des questions de personnalité. Le PS choisira-t-il son étoile montante Jean Mallot ou jouera-t-il la sécurité avec Guy Chambefort, plus ancien mais réputé imbattable? L'UMP investira-t-elle Yves Simon, un homme relativement neuf mais fragilisé, ou fera-t-elle confiance au maire de Moulins Pierre-André Périssol pour un troisième retour espéré comme gagnant?
A l'heure où nous écrivons ces lignes, toutes les hypothèse peuvent être envisagées, de l'émergence de nouvelles candidatures à une foire d'empoigne qui laissera des traces. Les rapports de force qui surgiront des urnes lors des régionales de 2010 et des cantonales de 2011 seront sans doute déterminants.
2e circonscription (Montluçon)
En lui accolant les quatre cantons de l'Ouest de l'ancienne 3e circonscription, Alain Marleix a sans doute voulu rééquilibrer à droite la 2e, qui n'élit que des députés de gauche depuis 1997. Le bassin de Montluçon, gros réservoir de votes communistes, sera ainsi contrebalancé par un électorat rural, dont celui du canton de Cérilly. S'il est classé relativement à gauche, c'est tout de même le fief incontesté de l'UMP Gérard Dériot, président du conseil général de 1992 à 1998, puis de 2001 à 2008. Un apport qui pourrait faire l'affaire de Daniel Dugléry, maire UMP de Montluçon depuis 2001, qui n'a encore jamais réussi à se faire élire dans cette circonscription.
A gauche, tout dépendra des rapports de force entre le PS et le PCF. Si ce dernier a repris le conseil général en 2008, il s'est fait souffler, un an auparavant, cette circonscription par le socialiste Daniel Lesterlin.
Sur le papier, la gauche part avec un avantage évident. Le secteur compte huit cantons traditionnellement de gauche contre trois de droite. Cependant cette dernière a beaucoup progressé depuis 2001, année où elle a privé le PCF et le PS d'importants points d'appui, municipal à Montluçon et cantonal à Commentry.
3e circonscription (Vichy)
L'ancienne 4e circonscription gagne ici trois cantons, tous de tradition de gauche, dont Jaligny-sur-Besbre, qui n'a élu que des socialistes depuis 1958 (en rouge sur la carte). Ce qui pourrait déséquilibrer définitivement ce secteur plutôt modéré, qui envoie depuis 1997 à l'Assemblée le radical de gauche Gérard Charasse.
Car si l'ancienne 4e vote à droite lors des consultations nationales (56,01 % pour Jacques Chirac au second tour de la présidentielle de 1995, 55,25 % pour Nicolas Sarkozy en 2007), elle choisit la gauche lors des législatives. Claude Malhuret, le brillant maire UDF puis UMP de Vichy, n'a jamais pu s'imposer hors de sa ville, dans ces campagnes où les communistes sont moins puissants qu'ailleurs dans le département. La tradition radicale demeure vivace dans certains cantons: Le Donjon de 1982 à 2008, Lapalisse depuis 2001, Cusset-Sud depuis 1998.
Face à Gérard Charasse, l'UMP pourrait être tentée de provoquer un duel entre radicaux, en investissant le très médiatique avocat valoisien Gilbert Collard, candidat aux municipales depuis 2001 contre... Claude Malhuret. Ce qui, inévitablement, laissera des traces...
A quoi faut-il s'attendre...
La seule certitude... c'est qu'il n'y en a aucune... La géopolitique de l'Allier se trouvant en pleins bouleversements (deux changements de majorité au conseil général en dix ans, des législatives de 2007 à rebours du contexte national), le redécoupage Marleix pourrait accentuer ceux-ci comme il pourrait stabiliser les fronts. S'il est trop tôt pour faire des pronostics le Big Bang attendu dans la 1ere circonscription, la gauche part globalement avec un léger avantage dans la 2e et semble plus sûre dans la 3e.

Emmanuel SAINT-BONNET

samedi 18 juillet 2009

Le redécoupage Marleix dans l'Ain

Durant tout l'été, les Artisans-Politologues publient une série de posts sur le projet de redécoupage électoral, département par département
Le redécoupage de l'Ain était notamment motivé par l'augmentation de la population dans le sud-ouest du département, sous la pression de l'agglomération lyonnaise. Les ciseaux d'Alain Marleix ont créé un cinquième siège, la future 2e circonscription, qui s'étendra de Lagnieu à Trévoux, et modifiera quelque peu le découpage législatif.
1ere circonscription (Bourg-en-Bresse)
La modification va s'effectuer à la marge, l'actuelle 1ere circonscription perdant Péronnas, dans la zone péri-urbaine de la préfecture Bourg-en-Bresse, mais récupérant Pont-de-Vaux, un canton davantage soumis à l'influence électorale de la Bourgogne et du Beaujolais.
Ces deux cantons sont actuellement à droite, et penchent plutôt en faveur de cette mouvance depuis 1958 (en bleu clair sur la carte).
La gauche, qui a détenu cette circonscription entre 1997 et 2002, ne devrait pas a priori perdre ses chances de reconquête. Lors des législatives de 2007, le candidat UMP Xavier Breton l'avait emporté au second tour avec 53,66 % sur le socialiste Jean-François Débat. Depuis, ce dernier est devenu maire de Bourg-en-Bresse, et cette circonscription élit chaque fois, depuis 1988, le maire de la préfecture lorsqu'il se présente, mais la perte de Péronnas pourrait priver la gauche d'une partie de son électorat péri-urbain.
2e circonscription (Trévoux)
Elle sera formée des cantons du sud des actuelles 2e et 4e circonscriptions. L'objectif semble ici clairement de contrebalancer l'influence de la gauche, de plus en plus forte dans les cantons où déborde l'agglomération lyonnaise, avec ceux de l'amont de la vallée du Rhône, bien plus conservateurs.
Ainsi, depuis 1958, Lagnieu et Meximieux n'ont-il jamais élu de conseiller de gauche (en bleu foncé sur la carte). Jusqu'à présent, ces deux cantons verrouillaient le sud de la 2e circonscription au profit de la droite.
En aval de la vallée du Rhône, la situation politique s'avère moins claire. Si Montluel penche à gauche, c'est le cas aussi de Reyrieux, mais ce dernier canton est à droite depuis 2001. Trévoux, représenté par la gauche depuis 1998, est cependant légèrement dominé par la droite sur la période 1958-2008. Quant à Miribel, s'il a voté à droite depuis sa création en 1982, il envoie depuis 1998 un conseiller de gauche dans l'hémicycle départemental.
Bref, si la majorité actuelle semble avoir fait le maximum pour s'assurer le contrôle de cette circonscription, il n'est pas certain qu'elle réussisse. Ses chances reposent sur Charles de la Verpillière, député sortant de la 2e. Les prochaines législatives pourraient voir s'opposer cet élu de Lagnieu, ancien président du conseil général, au maire divers gauche de Miribel Jacques Berthou, élu sénateur en 2008.
3e circonscription (Ferney-Voltaire)
L'ancienne circonscription de Charles Millon a longtemps été un secteur solide pour la droite. L'ancien président (UDF) du conseil régional, élu depuis 1978, l'a emporté dès le premier tour en 1988 et 1993. Si la vague rose de 1997 a provoqué un ballottage, ceux de 2002 et 2007 étaient moins attendus.
Le dernier doit cependant être relativisé, Etienne Blanc, successeur UMP de Charles Millon, ayant obtenu 49,99 % des bulletins exprimés au premier tour.
Alain Marleix a donc décider d'écarter les cantons de Brénod, Champagne, Hauteville, Lhuis, et Saint-Rambert, réputés moins stables, et surtout le frondeur Virieu-le-Grand, le seul du département à n'avoir jamais élu de conseiller de droite depuis 1958 (en rouge sur la carte).
La nouvelle circonscription sera donc formée d'un étroit couloir allant de Belley, ancien fief de Charles Millon, à Gex, où la sociologie est largement favorable à la droite, en passant par la ville de droite (depuis 2001) Bellegarde-sur-Valserine.
4e circonscription (Péronnas)
La nouvelle 4e circonscription sera découpée sur l'ancienne, un secteur modéré et conservateur qui élit depuis 1988 l'UMP (ex-UDF) Michel Voisin.
A première vue, le départ de Miribel, Trévoux et Reyrieux devrait couper la gauche locale de gros réservoirs de vote. L'adjonction de Péronnas devrait atténuer l'aspect rural de cette circonscription.
Toutefois, à l'examen de la carte, on s'aperçoit que droite et gauche sont presque à égalité, puisque quatre cantons sur huit tendent plutôt à gauche depuis 1958 (en orange sur la carte). La dynamique est d'ailleurs davantage en faveur de la gauche depuis les cantonales de 1998. Cependant, parmi les quatre cantons de droite, celui de Pont-de-Veyle n'a jamais élu de conseiller de gauche depuis 1958.
Comme dans la 2e circonscription, les équilibres futurs reposeront sans doute sur les personnalités locales en lice, alors que Michel Voisin est à présent le député le plus ancien, en nombre de mandats, du département.
5e circonscription (Oyonnax)
Elle devrait être bâtie à cheval sur les anciennes 2e et 3e circonscription, et en reprendre les cantons écartés.
A priori elle penchera fortement à droite car elle recouvrirait le bassin d'Oyonnax, l'un des plus peuplés du département, dont les deux cantons ne sont jamais passés à gauche depuis 1958. Sur les douze cantons de cette nouvelle circonscription, seuls quatre penchent vraiment à gauche. Cependant, cette dernière a bien progressé dans le sud de cette zone depuis 2001.
Les législatives de 2012 pourraient voir s'affronter deux femmes, Josyane Esposito, nouvelle maire socialiste d'Ambérieu-en-Bugey, et Sylvie Goy-Chavent, candidate malheureuse de l'UMP aux sénatoriales de 2008 et élue dans le canton de Poncin. Avec en embuscade le maire divers droite d'Oyonnax Michel Perraud et le FN, toujours assez présent dans le secteur.
A quoi faut-il s'attendre...
Sauf raz-de-marée de gauche aux législatives de 2012, ou triangulaire fratricide dans la 5e, la droite devrait conserver la majorité des sièges, quand bien même elle l'a perdue au conseil général et au conseil municipal de Bourg-en-Bresse en 2008. L'opposition semble relativement bien placée pour gagner les 1ere et 2e ou 4e circonscriptions, si l'usure du pouvoir atteint Michel Voisin, ou si la droite rate sa succession.
Emmanuel SAINT-BONNET

mardi 7 juillet 2009

Réflexe légitimiste à Hénin-Beaumont

Avec 528 voix d’avance, le candidat divers gauche Daniel Duquenne a remporté le second tour de la municipale partielle, qui l’opposait dimanche 5 juillet au FN Steeve Briois. En choisissant cet ancien directeur des services de la mairie, opposé à la politique du maire déchu, l’ancien socialiste Gérard Dalongeville, les électeurs de cette ville du Pas-de-Calais, dans la grande banlieue de Lille, ont joué la carte d’une certaine légitimité, face à l’extrême-droite. Daniel Duquenne présentait également l’avantage de ne pas avoir été associé à la gestion de l’équipe précédente, enfoncée dans les difficultés financières et surtout judiciaires.
Ce facteur, davantage que l’accroissement de la participation entre les deux tours (de 60,15 à 62,37 %), a joué en faveur de la liste de l’Alliance républicaine. Davantage aussi sans doute que la stratégie, toujours aléatoire, du front républicain. Daniel Duquenne a en effet bénéficié du retrait sans fusion des autres listes de gauche, ainsi que du soutien de l’UMP, dont le candidat n’avait même pas atteint la barre des 5 % au premier tour. La lecture des résultats en nombre de voix est à cet égard bien plus parlante que les pourcentages.
Au premier tour, Daniel Duquenne avait attiré 2302 voix (http://une-ville-exsangue-henin-beaumont.kazeo.com/Municipales-2009,r203653.html). La liste FN de Steeve Briois en rassemblait de son côté 4485. Si on retranche ce dernier résultat au nombre total d’exprimés du premier tour, on obtient 6917 voix.
Or, Daniel Duquenne n’en obtient au second tour que 6108 devant les 5450 de Steeve Briois (http://www.lavoixdunord.fr/Region/actualite/Secteur_Region/2009/07/06/article_la-formidable-revanche-de-daniel-duquenn.shtml).
Car entre les deux tours, si 430 voix personnes supplémentaires se sont déplacées (12 059 contre 11 629), seules 158 d’entre elles se sont exprimées. On passe de 227 bulletins blancs ou nuls à 501.
Parmi eux, en dehors des abstentionnistes du premier tour, sans doute des électeurs socialistes frustrés par le retrait de la liste de Pierre Ferrari. Egalement aussi des partisans de droite, tout aussi frustrés de l’élimination de la liste UMP de Nesredine Ramdani, et préférant renvoyer dos à dos MM Duquenne et Briois.
D’autres ont sans doute préférer voter sans état d’âme pour le FN. Car si la participation s’accroît entre les deux tours de 430 bulletins, la liste Briois en gagne 965. A comparer aux 835 suffrages totalisés par les trois listes classées à droite.
Il ne serait pas étonnant d’ailleurs qu’à droite, les moins enclins à voter FN soient issus des milieux économiques. Du moins si l’on en croit les réactions recueillis par différent media chez les commerçants soulignant qu’un maire FN, « ce ne serait pas bon pour les affaires ». A cet égard, l’extrême-droite peut elle aussi être, dans les urnes, victime de la crise économique, malgré certains lieux communs tenaces sur le vote FN.
Malgré sa défaite, le Front national gagne donc des voix, contrairement au Front républicain qui en perd, en dépit de l’accroissement de la participation, et en dépit aussi de ce qu’affirme Jean-Pierre Raffarin sur le site du Nouvel Observateur.
L’Alliance républicaine, comme le FN, en ont pris conscience. Le futur maire Daniel Duquenne n’a pas caché qu’«il faudra reconquérir certains secteurs » de la commune. D’ailleurs, sur 18 bureaux, quatre ont placé Steeve Briois en tête. Et, désormais, le FN fera figure de seule alternative municipale jusqu’en 2014. A moins que…
De l’autre côté de l’échiquier, Marine Le Pen, deuxième sur la liste FN, maintient la pression. Le faible écart de voix avec la liste de Daniel Duquenne, ainsi que certaines déclarations de ce dernier entre les deux tours, l’ont incitée à déposer un recours en annulation du scrutin.
La fille de Jean-Marie Le Pen compte toujours, toutes proportions gardées et dans un contexte différent, rééditer le coup de Vitrolles, lorsque Bruno Mégret, en 1997, s’était finalement imposé après un premier échec de justesse.
Faire passer cette défaite pour une victoire personnelle reste dans son intérêt, dans la course à la succession à la tête du FN, sur fond de déconfiture électorale.
C’est l’une des conséquences de ce scrutin, dont les répercussions dépassent largement le cadre local.
Emmanuel SAINT-BONNET

lundi 29 juin 2009

Score historique pour le FN à Hénin-Beaumont

Depuis dimanche soir, Marine Le Pen se trouve plus que jamais en mesure de ravir la mairie d’Hénin-Beaumont à la gauche.
Avec 39,34 % des bulletins exprimés, la liste que conduit le conseiller municipal (FN) de cette ville du bassin minier du Pas-de-Calais, Steeve Briois, et sur laquelle elle figure en deuxième place, obtient un score historique.
Historique certes pour cette commune frappée par des « affaires » telles qu’elles ont conduit le maire sortant, exclu du PS, Gérard Dalongeville, en détention provisoire. D’où cette partielle.
Mais historique également pour l’extrême-droite. En 1995, année des fastes élections municipales pour elle, seule la liste de Bruno Mégret à Vitrolles avait fait mieux avec 43,05 % au premier tour. Le N°2 du FN, à l’époque, avait été battu d’un cheveu (353 voix) au second tour, en triangulaire. Il avait pris sa revanche par épouse interposée lors de la partielle de 1997. Catherine Mégret l’avait cette fois emporté en duel face à la gauche.
En 1995, dans les trois villes remportées au second tour en triangulaire par le FN, l’extrême-droite plafonnait au premier à moins de 33 %.
C’est dire si Marine Le Pen a raison de qualifier ce résultat de « ballottage favorable » (http://actualite.aol.fr/municipale-dhenin-beaumont-le-fn-en/article/2009062815030257220236).
Face à elle, le candidat de l’Alliance républicaine Daniel Duquenne, troisième homme en 2008, arrive deuxième, avec 20,19 % des suffrages exprimés. Soutenue du bout des lèvres par la fédération socialiste du Pas-de-Calais, la liste d’union gauche-MODEM, conduite par Pierre Ferrari, n’obtient que 17,01 %.
Daniel Duquenne a donc réussi, de peu, son pari d’apparaître comme un recours pour un électorat de gauche mortifié par la situation politique. Il semble aussi qu’il ait attiré une partie des électeurs UMP, dont la liste n’atteint pas les 10 %, une autre partie ayant semble-t-il jugé le vote FN comme « utile »…
D’ores et déjà, Daniel Duquenne et Pierre Ferrari appellent à une large union pour battre le FN. Si on lui additionne les suffrages obtenus par les Verts (8,52 %), la gauche non extrême atteint péniblement les 46 %.
Loin, très loin d’une majorité absolue en cas de duel au second tour. D’autant plus que de nombreux électeurs de droite, frustrés de ne pas être représentés au conseil municipal depuis 2001, après trois éliminations consécutives au premier tour, pourraient céder à la tentation de renvoyer la gauche dans l’opposition, plutôt que succomber aux sirènes d’un très hypothétique, dimanche soir, front républicain.
La chance la plus sérieuse pour la gauche de renverser la vapeur serait la mobilisation des abstentionnistes (39,85 %, soit huit points de plus que le premier tour de 2008) au second tour. Car le scénario d’une triangulaire aboutirait, sauf changement spectaculaire de situation, à la victoire de Steeve Briois.
Emmanuel SAINT-BONNET

dimanche 28 juin 2009

Cinquième triangulaire remportée par Jean-Paul Alduy

Prime à la chaussette. Voilà sans doute le principal commentaire qui devrait être émis, à propos de la réélection du maire (UMP) de Perpignan, dimanche soir. Une partielle provoquée par l’affaire des bulletins au nom du sortant, le sénateur Jean-Paul Alduy, cachées dans les chaussettes d’un scrutateur, lors des municipales de mars 2008.
Avec 53,54 % des suffrages exprimés, Jean-Paul Alduy a manifestement profité de l’élimination du FN après le premier tour. Davantage que la division de la gauche et du centre, dont les deux listes rassemblent moins de la majorité (http://actualite.aol.fr/perpignan-la-liste-ump-de-jean/article/20090628071421139406142).
Un résultat qui ne devrait pas arranger les relations entre les deux têtes de liste de l’opposition municipale, Jacqueline Amiel-Donat (PS) et Jean Codognès (divers gauche), qui avaient pourtant su s’entendre, mais en vain, en 2008.
Car même si, arithmétiquement, il était attendu, la majorité absolue obtenue par l’UMP sonne comme un désaveu pour la gauche et le MODEM. Maigre consolation pour eux : les 51,12 % de participation pour ce second tour, assez loin des 62,33 % de 2008, qui empêchent de qualifier cette victoire de plébiscite (http://www.francesoir.fr/reuters/show/article/2009-06-28T210049Z_01_PAE55R0HQ_RTROPTT_0_OFRTP-FRANCE-MUNICIPALES-PERPIGNAN-20090628/image/2009-06-28T201341Z_01_APAE55R1K6V00_RTROPTP_0_OFRTP-FRANCE-MUNICIPALES-PERPIGNAN-20090628).
Outre l’affaire des chaussettes, cette réélection intervient dans un climat assez délétère, marqué par des « affaires » dont celle, tragique, de Saint-Cyprien.
Nul doute que nombre de commentateurs feront le rapprochement avec la fameuse « prime à la casserole », évoquée en 2001 après les retours des très contestés Patrick Balkany à Levallois-Perret et Jacques Mellick à Béthune.
Une chose est sûre : Jean-Paul Alduy est passé maître dans l’art de survivre à des triangulaires. Depuis son accession à la mairie, en 1993, il a successivement affronté la gauche et le FN, en 1993, 1995 et 2008, et la gauche et une dissidence de droite en 2001. Cette victoire contre deux listes de gauche manquait à son palmarès.
Emmanuel SAINT-BONNET

lundi 22 juin 2009

Hénin-Beaumont, un Vitrolles Ch'ti?

Douze ans après la victoire du clan Mégret à Vitrolles, l’extrême-droite a de bonnes chances de faire tomber dans son escarcelle une ville de plus de 10 000 habitants.
Dimanche prochain se tiendra une municipale partielle à Hénin-Beaumont, dans le bassin minier du Pas-de-Calais. Une élection qui fait suite à la démission en bloc du conseil municipal, après la mise en examen, et l’incarcération du maire (divers gauche) Gérard Dalongeville, pour « détournement de fonds publics, faux en écriture et favoritisme ».
Pour ce scrutin, le FN, qui a encore obtenu 27,92 % des voix exprimées sur la commune, pointant ainsi en tête, lors des dernières Européennes, fera face à une gauche complètement éclatée.
Alors que l’ancienne ministre socialiste Marie-Noëlle Lienemann vient de jeter l’éponge, les couteaux sont de sortie. La fédération socialiste du Pas-de-Calais avait dans un premier temps investi le radical de gauche Eric Mouton, en ticket avec le jeune socialiste Pierre Ferrari.
Ce dernier a finalement choisi de monter sa propre liste « arc-en-ciel », allant du PCF au MODEM, comme le rapporte Le Monde (http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/06/11/henin-beaumont-cinq-listes-de-gauche-face-a-marine-le-pen_1205868_823448.html).
Il devra compter avec Les Verts, le NPA, l’Alliance républicaine, un petit mouvement de gauche conduit par Daniel Duquenne, candidat présent au second tour lors des municipales de mars 2008 (http://alliancerepublicaine.typepad.fr/mon_weblog/), et l’ancien maire socialiste Pierre Darchicourt, battu en 2001 par Gérard Dalongeville lors d’une primaire sauvage au sein du PS.
L’UMP sera également présente, ainsi qu’une liste divers droite et une autre sans étiquette. Cependant, la droite reste structurellement faible dans le bassin minier.
C’est dans ce contexte que l’extrême-droite a pu prospérer, profitant justement de cette faiblesse, mais surtout du discrédit de la gauche après l’affaire Dalongeville, dans une région Nord – Pas-de-Calais où l’audience d’un PS qui a tendance à se notabiliser s’effrite lentement.
Contrairement à l’écrasante majorité des villes où son implantation est importante, elle a suivi une courbe ascendante. Steeve Briois, qui mènera dimanche la liste FN où Marine Le Pen figure en deuxième position, était candidat en 1995, rassemblant entre 12 et 13 % des suffrages exprimés d’un tour à l’autre.
En 2001, la crise scission mégrétiste n’a pas affaibli l’extrême-droite, loin de là. Sous l’étiquette MNR, Steeve Briois parvient à convaincre 17,49 % des électeurs exprimés au premier tour, et 19,08 au second.
Revenu sous la bannière frontiste, flanqué de Marine Le Pen, il est présent en 2008 au second tour, s’intercalant entre les listes Dalongeville et Duquenne, avec 28,83 %.
Ce dernier résultat et celui des Européennes ne sont pas loin du point de bascule en cas de triangulaire, à savoir un peu plus de 33,34 % des suffrages exprimés. Ce fut le cas notamment lors des municipales de 1995 à Orange (35,93 %) et Toulon (37,02 %).
Cependant, cette élection rappelle davantage celle de Vitrolles en 1997. Après un premier échec en 1995, Bruno Mégret avait réussit à souffler cette commune des Bouches-du-Rhône à une gauche empêtrée dans ses « affaires » et incapable de créer un front républicain avec une droite ici aussi structurellement peu implantée, lors d’une partielle en 1997 remportée par son épouse Catherine.
« Affaires », divisions des forces politiques classiques, faiblesse de la droite, élection partielle, présence d’une personnalité frontiste d’envergure nationale… Les mêmes ingrédients sont réunis à Hénin-Beaumont.
Adoptant un positionnement différent de celui des Mégret, Marine Le Pen joue d’une certaine façon davantage sur du velours, en mettant en avant Steeve Briois, militant implanté de longue date.
Face à elle, le PS semble avoir pris conscience du risque mortel du délitement. La première secrétaire fédérale du Pas-de-Calais, Catherine Génisson, soutient Pierre Ferrari, qui a du préférer inclure le MODEM sur sa liste, plutôt que d’y voir figurer Eric Mouton. L’exclusion du radical était en effet une condition préalable à la présence des centristes (http://www.20minutes.fr/article/331947/Lille-Du-PC-au-MoDem-large-rassemblement-contre-le-FN-a-Henin-Beaumont.php).
Reste à savoir si cet attelage convaincra des électeurs apparemment las des turpitudes de certains de leurs élus.
Nul doute que les résultats du premier tour seront scrutés avec attention dans tous les Etats-Majors de campagne. Si le FN fait aussi bien ou plus qu’en 2008 et qu’aux Européennes, la pression à la fusion va s’avérer très forte sur les épaules de Daniel Duquenne.
A moins que ce candidat, troisième homme en 2008, n’apparaisse comme un recours pour les électeurs de gauche, déjouant alors tous les pronostics, aussi bien pour le premier que pour le second tour de cette élection à hauts risques.
Emmanuel SAINT-BONNET

dimanche 21 juin 2009

Alduy en tête à Perpignan

L'affaire des bulletins de vote dans les chaussettes ne semble pas avoir entamé la popularité de Jean-Paul Alduy.
C'est la première lecture qu'on pouvait faire, dimanche soir, des résultats de la municipale partielle de Perpignan.
Avec 40,35 % des bulletins exprimés, le sénateur-maire UMP grappille près d'un point et demi par rapport à son résultat de mars 2008, alors que la participation dépasse à peine les 53 % (un peu plus de 55 % en 2008).
La liste PS-PCF-MRC-PRG-régionaliste de Jacqueline Amiel-Donat progresse également, passant de 20,16 à 24,75 %.
Cependant, le second tour lui est a priori moins acquis qu'en 2008. Elle avait alors été battue de peu, après avoir fusionné avec le divers gauche Jean Codognès et le MODEM, qui pesaient en tout 27,41 % des suffrages. Dimanche soir, l'ancien candidat socialiste à la mairie et les centristes ont fait une mauvaise affaire, puisqu'ils n'ont rassemblé que 14,19 % des voix sur une seule liste. Sur le papier, en rajoutant les 2,46 % de la liste NPA-LO, Jacqueline Amiel-Donat peut espérer atteindre au moins les 40 %. A condition bien sûr qu'elle fusionne sa liste avec celle de M. Codognès.
Ce qui sera peut-être insuffisant pour empêcher Jean-Paul Alduy, maire depuis 1993, d'être reconduit. Dimanche soir, en recevant les résultats finaux, il a du pousser un soupir de soulagement.
Le FN Louis Aliot n'a obtenu que 9,42 % des voix exprimées, ce qui lui barre la route du second tour.
Reste à savoir quel sera l'attitude des électeurs FN au second tour.
Mais les 8,83 % de voix attirées par les petites listes divers droite et centriste devraient plus facilement se reporter sur Jean-Paul Alduy, ce qui, en cas de regain de participation en sa faveur, pourraient lui permettre une victoire au second tour sans concours des suffrages frontistes. En 2008, la participation avait grimpé de sept points entre les deux tours.
La semaine qui vient sera intéressante si le second tour se finit en duel, ce qui n'est jamais arrivé depuis que M. Alduy est au pouvoir.
Le résultat de dimanche 28 juin déterminera qui, de l'arithmétique ou d'un "tout sauf Alduy", consécutif à l'affaire des chaussettes, qui pourrait surgir entre ces deux tours, va l'emporter.
Emmanuel SAINT-BONNET