C'est l'une des déceptions de la majorité départementale pour ce premier tour des cantonales en Isère. La conquête du petit canton de Corps, à l'extrême-sud du département, sera plus difficile que prévu.
Cet ancien fief socialiste était détenu par Gérard Cardin, élu en 1973 sous l'étiquette PS mais rallié à Alain Carignon en 1985 au sein de l'Espace Nouvelle Gauche. Ne se représentant pas, il semblait laisser une autoroute à Marie-Noëlle Battistel, maire PS de La Salle-en-Beaumont et surtout députée depuis le départ de Didier Migaud à la Cour des comptes.
En 2004, Mme Battistel n'avait été battue par Gérard Cardin que de 33 voix. Lors des régionales de 2010, la liste de gauche de Jean-Jack Queyranne avait atteint les 58 % au second tour.
Force est de constater que dans ce canton favorable à la gauche, l'équation personnelle compte encore beaucoup. Soutenu par Gérard Cardin, le candidat divers droite Fabien Mulyk manque de six bulletins l'élection au premier tour, dans un contexte de participation bien moins atone que dans le reste du département (32,59 % d'abstention).
Il semble que dans cette circonscription très rurale, les réseaux du conseiller général sortant aient fonctionné à plein, le "contrôle social" encore étroit dans les villages ayant assuré une bonne participation de l'électorat.
Avec 44,68 % des exprimés, Marie-Noëlle Battistel détient cependant davantage de réserves de voix que son adversaire, avec les 5,71 % de la candidate écologiste Laure Briaudet. Mais, mise à part à La Salle-en-Beaumont, sa dynamique spatiale est peu favorable: elle n'arrive en tête que dans des communes peu peuplées comme Beaufin, Les Côtes-de-Corps, Quet-en-Beaumont et Saint-Pierre-de-Méaroz.
Après avoir été l'une des surprises de ce premier tour, Corps sera sans doute le plus fort suspens du second.
lundi 21 mars 2011
Antimondialistes contre altermondialistes, ou les enseignements du premier tour des cantonales en Isère
Le premier tour de ces cantonales du 20 mars s'est soldé en Isère par une abstention de 58,34 %. Un record pour ce type consultation, qui s'explique en partie par son découplage, une première depuis 1994 (et 1985 pour cette série de cantons). Aucun autre scrutin n'était organisé le même jour, qui aurait pu servir de levier à la participation.
Les électeurs n'étaient pas allés aux urnes depuis mars 2010. Le premier tour des régionales avait alors vu une abstention de 57,10 % en Isère.
Les régionales sont habituellement moins mobilisatrices que les cantonales, l'enjeu paraissant plus lointain pour les électeurs. Cependant, en 2010, la visibilité médiatique des régionales a semblé bien plus importante que ces cantonales de 2011.
La faute en partie à la proximité (quatorze mois) de la présidentielle de 2012. Les media nationaux ont cette échéance en ligne de mire. Contrairement au scrutin de 2010, durant lequel elle a manifesté des velléités de reconquête, la majorité présidentielle et parlementaire semble avoir fait totalement l'impasse sur ces cantonales.
En Isère, elle le paye assez chèrement. Si elle est reconduite dans deux cantons (Monestier-de-Clermont et Saint-Jean-de-Bournay) dès le premier tour, elle est éliminée de douze des vingt-quatre seconds tours qui seront disputés le 27 mars.
La droite a littéralement été décimée par l'émergence du Front national dans le Nord-Isère et dans les cantons populaires du Sud-Isère et, dans une moindre mesure, par la poussée des écologistes dans le bassin grenoblois.
Plus l'abstention est forte et plus la circonscription est petite, plus les forces politiques respectives sont renforcées dans leurs fiefs. Parallèlement à la bonne tenue du FN, ce principe à joué pleinement dimanche soir. Au Sud, la droite ne s'en sort bien qu'à Clelles et Corps. Au Nord, elle n'est qualifiée au second tour, face au FN, qu'à Crémieu et Morestel. Elle ne se maintient correctement que dans un no man's land situé entre Saint-Marcellin et Saint-Geoire-en-Valdaine, où l'on ne trouve que de classiques duels droite-gauche.
Autre facteur qui a hâté cette chute: le relèvement de la barre de maintien au second tour de 10 % à 12,5 % des inscrits. Mécaniquement, il a raréfié les triangulaires gauche-droite-FN, autrefois légion en Nord-Isère.
Le FN bénéficie le plus souvent de la bonne mobilisation de son électorat. En nombre de voix, il a le plus souvent tendance à stagner, d'où un effet grossissant du à la démobilisation des autres électorats. Une observation à nuancer. Les électeurs du FN sont aussi parmi ceux les plus tentés par l'abstention. De plus, il est possible que dans les quartiers les plus fragiles de l'agglomération grenobloise, ce vote ait été davantage "mariniste" que frontiste. L'électorat de Marine Le Pen semble en effet davantage concerné par la désespérance sociale et la peur du déclassement. Dans le Nord-Isère, même si ces questions existent aussi, on trouve un électorat davantage conforme au profil "classique", séduit autrefois par le discours de Jean-Marie Le Pen.
Arrivé en tête, le PS se maintient bien. Il semble davantage menacé par Europe-Ecologie - Les Verts dans l'agglomération grenobloise (Grenoble I, III et Saint-Egrève) que par la droite, qui n'est réellement menaçante pour lui qu'à Saint-Marcellin.
Mathématiquement, après une progression constante depuis 1998, les socialistes arrivent à un plafond de verre. Même s'ils gagneront très vraisemblablement Heyrieux, du fait de la division de la droite, la conquête de Corps va être délicate, et celle de Clelles difficile.
La tentation semble forte, dans ce premier tour, de se tourner vers des forces politiques en dehors du système ou sur ses marges.
Ainsi, s'ils ont été éliminés de l'extrême-sud du département, où leurs scores aux régionales pouvaient laisser entrevoir de meilleurs résultats, les écologistes gagnent des points dans les zones urbaines et péri-urbaines du Sud, où la sociologie leur est davantage favorable.
Les communistes, quant à eux, se retrouvent dans la situation délicate de devoir leur probable réélection au FN, alors qu'habituellement celle-ci intervenait après un désistement du PS arrivé second. C'est particulièrement vrai à Echirolles-Est et Saint-Martin-d'Hères - Nord, et plus généralement dans leurs cantons "sociologiques", abritant ouvriers et classes populaires. Dans le seul canton "notabiliaire" de cette série, Vinay, le sortant est sérieusement menacé par la droite.
Sans pour autant tirer des plans sur la comète de 2012, il est possible que ces cantonales préfigurent le clivage partageant les sociétés actuelles entre alter et antimondialistes. C'est aussi ce qu'on pourrait lire entre les lignes de ces résultats, marqués par les poussées conjointes des écologistes et de l'extrême-droite.
Emmanuel SAINT-BONNET
A suivre, l'analyse détaillé de certains cantons emblématiques... Et à réserver, les chroniques électorales de ces cantonales en Ardèche méridionale, à paraître dans les semaines à venir.
mercredi 17 novembre 2010
Le redécoupage Marleix en Mayenne
Non prévu dans le projet initial, ce nouveau tracé fait suite aux commentaires de la commission constitutionnelle sur le redécoupage. Les changements concernent les urbains et péri-urbains de la région de Laval
1ere circonscription (Laval-Est)
Cette circonscription perd sa partie ouest, avec le départ de Laval Nord-Ouest et Saint-Berthevin. Représentée par le PS depuis 2007, elle se "gauchit" ainsi légèrement. Depuis sa création en 1973, Laval Nord-Ouest penche globalement à droite, même s'il a basculé à gauche en 2004. Quant à Saint-Berthevin, qui a été découpé en 1985 à partir d'anciens cantons de Laval, il n'a jamais élu de conseiller de gauche. Face à une préfecture aux mains de la gauche depuis 2008, les campagnes risquent de peser assez peu. Renforcé par les dernières municipales, le député socialiste Guillaume Garot devrait être assez facilement réélu. La recomposition du centre devrait peser sur l'UMP, encore marquée par les défaites de François d'Aubert en 2007 et 2008. Plusieurs candidats pourrait émerger, comme la conseillère générale de Bais Marie-Cécile Morice, ou son collègue de Pré-en-Pail Yves Cortès.
2e circonscription (Château-Gontier)
En échangeant Loiron, qui vote à droite depuis 1973, contre Saint-Berthevin, qui n'a jamais élu de conseiller de gauche, la droite fait, sur le papier, une bonne affaire. A part Meslay-du-Maine, qui ne vote à droite "que" depuis 1976, cette nouvelle 2e n'abrite que des cantons favorables à cette sensibilité (en bleu foncé sur la carte). Mais ce presque unanimisme ne pourrait être qu'une façade. En 2007, Marc Bernier, député UMP, avait du batailler ferme contre la candidate soutenue par François Bayrou pour retrouver son siège. Les élections de 2012 sont encore loin, et le centre semble avoir amorcé une recomposition. Si Marc Bernier ne parvient pas à rassembler autour de lui, il pourrait retrouver d'autres prétendants sur sa route. Que fera le conseiller Nouveau Centre de Saint-Berthevin Marcel Rousseau? Et Elisabeth Doineau, sa collègue de Saint-Agnan-sur-Roë, qui était au second tour en 2007 et est restée fidèle au MoDem? Sans oublier le sénateur Jean Arthuis, leader de l'Alliance centriste et implanté à Château-Gontier, qui pourrait soit siffler la fin de la récréation, soit jeter de l'huile sur le feu. Quant à la gauche, assez mal implantée dans le secteur, elle ne devrait que compter les points, à moins qu'une triangulaire la mette en selle.
3e circonscription (Laval-Ouest, Mayenne)
Le secteur change assez peu, en perdant Laval Nord-Est mais en gagnant Loiron. De quoi renforcer légèrement le député UMP sortant Yannick Favennec, qui a été réélu au premier tour en 2007, mais a été assez nettement battu aux municipales de 2008 à Mayenne, une ville de gauche dont il tentait de s'emparer sur la lancée des législatives. Ici, la question sera surtout de savoir si la gauche, qui pourrait être représentée par le maire de Mayenne Michel Angot, sera en mesure de mettre le sortant en difficulté, dans cette circonscription marquée à droite, surtout sur ses marges nord.
A quoi faut-il s'attendre...
Sauf raz-de-marée de gauche dans la foulée d'une présidentielle gagnée par le PS, la droite devrait conserver ses deux circonscriptions. Mais quelle droite? Si, dans la 3e, Yannick Favennec semble moins fragilisé, Marc Bernier pourrait faire les frais, dans la 2e, du contexte national régnant à droite.
Emmanuel SAINT-BONNET
lundi 11 octobre 2010
Le redécoupage Marleix dans la Marne
En perdant une circonscription, la Marne gagne un découpage moins torturé, même si la ville principale, Reims, est désormais ventilée sur quatre sièges au lieu de trois précédemment.
1ere circonscription (Reims-Nord)
Ce secteur se trouve profondément modelé. Il ne garde que les cantons II et VI de Reims. Le reste se compose des cantons IV et X et de celui, péri-urbain, de Bourgogne. Les cartes sont rebattues mais cela ne devrait rien changer à la géographie électorale. Sur le papier, cette circonscription reste ancrée à droite, n'abritant qu'un seul canton (Reims IV) penchant à gauche depuis sa création. Cependant, le PS détient le VI depuis 2004 et le X depuis 2008. La question, en 2012, sera de savoir si le jeune député UMP Arnaud Robinet, qui a succédé en 2008 au très contesté Renaud Dutreil, est suffisamment renforcé face à une éventuelle victoire de la gauche à la présidentielle. Il pourrait trouver sur sa route Sabrina Ghallal, conseillère de Reims IV.
2e circonscription (Reims-Sud)
La principale ville du département est ici aussi sérieusement redécoupée, puisque ne subsiste de l'ancienne 2e que le canton de Reims III, associé avec des chutes des anciennes 1ere (Reims I et V) et 3e (Reims VIII). L'ensemble glisse vers l'ouest, en perdant Verzy et en gagnant la partie ouest de Châtillon-sur-Marne. Le glissement se produit également vers la droite, avec la perte de deux réservoirs de gauche, Reims VII et IX. L'arrivée de Reims VIII, qui vote à gauche depuis sa création en 1973, contrebalancera-t-elle les cantons péri-urbain du flanc ouest, classés globalement de droite depuis 1958? C'est ce qu'espère la gauche, qui pourrait présenter la socialiste Adeline Hazan, qui a remporté la mairie en 2008, face à la députée UMP Catherine Vautrin. Ici aussi, les résultats de la présidentielle seront déterminants.
3e circonscription (Reims-Epernay)
En franchissant la Montagne de Reims, l'ancienne 6e circonscription est devenue la nouvelle 3e. Elle perd au passage Sézanne et la partie ouest de Châtillon-sur-Marne, mais gagne Avize, Verzy et Reims IX. Ce dernier canton a toujours été représenté par un socialiste depuis sa création en 1982, mais les deux autres n'ont jamais voté à gauche sous la Ve République. Cette partie de l'agglomération rémoise sera donc noyée dans les suffrages de droite de la région d'Epernay. En 2012 se posera surtout la question de la candidature à droite. Le député UMP conservateur Philippe Martin, soutenu par les milieux viticoles, en place depuis 1993, se représentera-t-il? Ou laissera-t-il la place au maire UMP d'Epernay Franck Leroy, ce qui pourrait favoriser une triangulaire avec le FN? Un maigre espoir pour la gauche, qui pourrait investir Marc Lefèvre, membre de l'opposition municipale à Epernay, ou Dominique Lévêque, conseiller général PS d'Ay.
4e circonscription (Reims-Châlons)
Ce secteur s'épaissit, en gagnant le fief de droite de Suippes, le canton de Beine-Nauroy, anciennement de tendance radicale et votant régulièrement à droite depuis 1985, et Reims VII, élisant des conseillers communistes dès sa création en 1973, puis socialistes depuis 1982. En contrepartie, il perd Marson, classé plutôt à droite (en bleu clair sur la carte). Sur le papier, la gauche est donc légèrement favorisée au plan démographique. Cependant, une conquête depuis une base rémoise semble peu probable. D'abord en raison de la rivalité naturelle entre la ville du sacre des rois de France et la préfecture, tenue par la droite depuis 1995. Seule une large victoire de la gauche à la présidentielle de 2012 pourrait inquiéter le jeune ministre du Logement Benoist Apparu, qui a laissé les clefs de la circonscription à Bruno Bourg-Broc, maire UMP de Châlons et député entre 1982 et 2007. Le PS pourrait laisser Alain Biaux, conseiller général écologiste de Châlons III, monter à l'assaut.
5e circonscription (Vitry-le-François)
Seule circonscription ne comprenant aucun canton rémois, elle s'agrandit sur ses marges, en gagnant Marson et Sézanne, deux cantons penchant plutôt à droite, de tradition respectivement modérée et radicale. Pas de quoi déstabiliser le député Nouveau Centre sortant, Charles-Amédée de Courson, qui a l'avantage d'être un élu rural dans ce secteur peu urbanisé, et de marquer sa différence en tant que centriste. De plus, la remise en selle du socialiste Jean-Pierre Bouquet, lors des municipales de 2008 à Vitry-le-François (où il fut maire de 1989 à 1995), pourrait l'inciter à se présenter. L'homme est certes incontournable mais ne représente pas vraiment le renouvellement: il a déjà été député entre 1988 et 1993, avant d'être battu par l'actuel titulaire du siège. Cependant, il faudra également surveiller en 2012 le FN, qui fait preuve d'une certaine vitalité dans les campagnes marnaises.
A quoi faut-il s'attendre...
L'objectif d'Alain Marleix semble ici assez clair, bien que justifié par la démographie. En éclatant Reims sur quatre circonscriptions, dont deux abritant des villes rivales et de droite, le redécoupage tend à affaiblir le principal foyer de gauche dans ce département conservateur. Le PS, qui détenait deux sièges sur six entre 1988 et 1993, pourrait au mieux en récupérer deux sur cinq, surtout si le FN vient brouiller les cartes.
Emmanuel SAINT-BONNET
mardi 28 septembre 2010
Création du cabinet Atlaspol Consultants et Solutions
Le cabinet d'expertise, d'analyse et de prospective Atlaspol (Consultants et Solutions, Siret 52514615500011) a été créé lundi 27 septembre à Villeneuve-de-Berg (Ardèche) par votre serviteur, Emmanuel Saint-Bonnet, journaliste et diplômé en Histoire à l'université Pierre-Mendes-France (Grenoble II).
Cette entreprise individuelle réalisera, pour les élus, les mouvements politiques et les candidats aux élections, des diagnostics électoraux de territoire. Il s'agira exclusivement de micro-géopolitique, à l'échelle des communes, des cantons et des circonscriptions législatives.
Elle proposera également des solutions pour campagnes électorales: coaching légal et rédactionnel, distribution de la propagande, mise en contact avec la presse.
Sa vitrine est le site www.atlaspol.com, l'atlas électoral de la France en ligne.
Pour tout renseignement: atlaspol@sfr.fr.
jeudi 19 août 2010
Le redécoupage Marleix dans la Manche
Encore très rurale, la péninsule du Cotentin perd un siège à l'Assemblée nationale et se retrouve avec un découpage plutôt cohérent. Peut-être parce que la majorité, ici, risque assez peu, diront les détracteurs d'Alain Marleix.
1ere circonscription (Saint-Lô)
Cette nouvelle 1ere mord sur l'est de l'ancienne 4e, et récupère donc les cantons de Montebourg et Sainte-Mère-Eglise, qui n'ont jamais voté à gauche depuis 1958, ce qui la fera encore plus pencher à droite. Pas de souci en vue donc pour le député UMP sortant, Philippe Gosselin, qui pourrait affronter un élu du bassin de Saint-Lô, seul secteur de la circonscription où la gauche est bien implantée, sans doute le socialiste Jean-Karl Deschamps.
2e circonscription (Granville)
Ce secteur ne gagne qu'un seul canton mais pas des moindres: Granville. Plutôt fragile pour la majorité, avec un chef-lieu ayant basculé à gauche en 2008, il devrait cependant être noyé dans un océan de droite. La carte révèle que la majorité des cantons de cette circonscription a toujours été fidèle à cette sensibilité depuis 1958 (bleu foncé). La situation actuelle n'est guère différente. Le PS ne détient que La Haye-Pesnel (depuis 2008) et ses alliés divers gauche Pontorson (depuis 1998) et Saint-James (depuis 2002). L'implantation de la gauche est donc ici trop récente, mis à part à Pontorson qui avait déjà élu un conseiller PS en 1976, et dans le vieux fief radical, passé à droite en 1964, de Saint-Hilaire-du-Harcouet. Elle ne devrait pas trop inquiéter le député UMP Guénhaël Huet. L'élection de 2012 pourrait tourner à un duel entre les maires des deux grandes villes de la circonscription, à savoir M. Huet à Avranches et le radical de gauche Daniel Caruhel, à Granville.
3e circonscription (Valognes)
Privée de la ville de Granville, cette circonscription récupère le plus gros de l'ancienne 4e, abritant la plus grande partie de la côte ouest. L'opération n'est pas anodine pour la majorité. Elle va consister en l'arrimage des zones rurales conservatrices de l'ancienne 3e avec les cantons bien plus tangents de la 4e, sous la pression de l'agglomération de Cherbourg-Octeville. Trois gros dominos sont ainsi tombés à gauche: Barneville-Carterêts en 1998, Les Pieux en 2001 et surtout Valognes en 2004, ainsi que Coutances, plus au sud, la même année. Deux lourdes défaites à l'époque, puisque essuyées par les députés UMP de deux circonscriptions, Claude Gatignol et Alain Cousin. Davantage que la géographie électorale, globalement favorable, tout de même, à l'UMP, se posera la question du renouvellement des cadres. Les deux hommes, en effet, ont été élus pour la première fois en 1988. Le parti majoritaire pourrait pousser une nouvelle tête, comme le maire UMP de Coutances Yves Lamy. A moins que le siège ne soit réservé à un allié du Nouveau Centre, comme le maire de Valognes Jacques Coquelin. La gauche pourrait ainsi voir s'entrouvrir une fenêtre de lancement, peut-être avec le conseiller général PS de Valognes Yves Neel.
4e circonscription (Cherbourg-Octeville)
L'ancienne 5e s'étend désormais sur tout le littoral nord, en gagnant les cantons de Quettehou et surtout de La Hague. Cette nouvelle configuration pourrait bien gêner la gauche dans ce secteur, le seul qu'elle domine régulièrement sur toute la péninsule. Au plan de la géographie électorale, ces ajouts devraient peu la perturber. Même s'ils sont classés plutôt de droite depuis 1958 (en bleu clair sur la carte), les changements sociologiques en cours sur ces territoires devraient cependant renforcer la tendance observée depuis très longtemps dans l'agglomération de Cherbourg-Octeville, et qui se manifeste ici par trois points rouges jamais passés à droite depuis leur création: Cherbourg-Octeville Sud-Ouest, Equeurdreville-Hainneville et Tourlaville. En revanche, l'arrivée du très symbolique canton de La Hague, qui abrite le centre de retraitement des déchets nucléaires, une installation qui a fait émerger ici, plus tôt qu'ailleurs, un électorat écologiste, devrait inciter Europe-Ecologie et Les Verts à une campagne active en 2012. Elle pourrait être incarnée par Didier Anger, vieil opposant au centre de retraitement et candidat de la gauche plurielle dans l'ancienne 4e, en 1997. Un caillou vert suffisant pour faire trébucher le député socialiste Bernard Cazeneuve, qui bénéficie de nombreuses voix de gauche mais également pro-nucléaires? C'est ce qu'espère la droite, au sein de laquelle l'ancien député UMP (2002-2007) Jean Lemière pourrait faire un retour, dans ce secteur qui a toujours zappé depuis 1988.
A quoi faut-il s'attendre...
Il sera assez difficile, mais pas impossible (surtout en cas de victoire à la présidentielle), pour la majorité UMP, de ne pas perdre un siège. La reconquête de la nouvelle 4e est loin d'être gagnée, et le jeu pourrait s'ouvrir dans la 3e si le contexte national ne s'arrange pas pour la droite.
Emmanuel SAINT-BONNET
lundi 9 août 2010
Le redécoupage Marleix en Lozère
Véritable symbole des déséquilibres démographiques pouvant justifier un redécoupage législatif, la Lozère, le département le moins peuplé de la métropole, se retrouve donc avec une circonscription unique, née de la fusion des deux prééxistantes. Ces dernières, il est vrai, abritaient moins d'électeurs que certains cantons dans des "gros" départements.
Circonscription unique
Sur le papier, ce siège est promis à la droite. La carte des tendances depuis 1958 (ci-contre) montre du bleu presque partout, sauf sur les quatre cantons cévenols du coin sud-est, qui d'ailleurs affichent un rouge révélant qu'ils n'ont jamais basculé à droite sous la Ve République. La situation actuelle s'avère moins clivée. Au conseil général, la gauche a débordé à l'ouest vers la vallée du Tarn et surtout au nord en direction des villes de Mende et Langogne. Pour conserver ce siège de député, la majorité devra prendre en compte au moins deux facteurs. D'abord ces deux communes, qui ont basculé à gauche lors des municipales de 2008, pourraient devenir des réservoirs de suffrages pour l'opposition. Elles se trouvaient dans l'ancienne 1ere circonscription, conquise à la surprise générale par le PS en 1997. Ensuite la disparition de l'ancien maire centriste de Mende Jean-Jacques Delmas, en 2010, posera la question de l'attitude de l'électorat du centre, relativement important sur cette terre catholique, qui n'est pas à l'abri d'un réalignement à la bretonne (sanction contre les centristes de l'UMP par un vote à gauche au second tour). A cet égard, les cantonales de 2011 seront cruciales pour l'UMP, qui mécaniquement perd un siège. Le département est en effet plus facile à tenir par deux députés, que par un seul, davantage exposé aux basculements. Le parti majoritaire devra surtout choisir qui des deux sortants investir: Francis Saint-Léger ou Pierre Morel? La solution pourrait être d'exfiltrer l'un des deux vers le Sénat en septembre 2011. L'opération sera très peu risquée (à moins d'une surprise comme dans le Cantal en 2008) mais elle supposera le retrait du puissant Jacques Blanc, véritable champion de la survie politique. Au PS, où l'on ne manquera pas d'observer ces opérations avec une certaine gourmandise, le choix pourrait se porter sur le maire de Langogne Guy Malaval, le conseiller du même canton Gérard Souchon, ou Dominique Aulas, opposante locale à Jacques Blanc. A moins que cette circonscription ne soit réservée à un allié, comme le conseiller général radical de Florac Alain Argilier, ou simplement le maire divers gauche de Mende Alain Bertrand.
A quoi faut-il s'attendre...
Pas mal de projecteurs devraient être braqués sur la Lozère en 2012. Ce scrutin apportera quelques éléments de réponse à cette question: les derniers succès locaux de la gauche sont-ils conjoncturels ou le signe avant-coureur d'un réalignement de l'électorat lozérien, comme une réponse au phénomène de varisation (glissement à droite de secteurs acquis de longue date à la gauche) constaté dans le sud du Languedoc-Roussillon?
Emmanuel SAINT-BONNET
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