vendredi 27 février 2009

Quelle géopolitique pour les régions Balladur ?

Pas encore remis au président de la République, le rapport de la commission de réforme des collectivités locales, présidé par l'ancien député (UMP) de Paris et ancien Premier ministre Edouard Balladur fait déjà couler beaucoup d’encre et de salive. Au cœur de cette polémique, l’éventuel redécoupage des régions, qui passeraient de 21 (la vingt-deuxième, la Corse, ayant le statut de collectivité territoriale) à 14, 15 ou 17 selon les sources et les hypothèses.
Sans entrer dans cette discussion a priori sans objet, puisque tous les commentateurs en restent au stade des conjectures, on peut cependant d’ores et déjà s’amuser à tracer une première esquisse de la géopolitique de ces ensembles qui pourraient bien rester dans l’histoire politique de la France comme les régions Balladur.
La Lorraine dans l’orbite politique de l’Alsace
Passée à gauche en 2004, la Lorraine, une fois fusionnée avec l’Alsace, dernière région fidèle à l’UMP, devrait logiquement revenir dans l’orbite de la droite. Dans le quart Nord-Est de la France, les zones urbaines et industrielles restent encore assez conservatrices, et ce malgré les succès du PS aux municipales de 2008 notamment à Strasbourg et surtout Metz. Face au poids démographique des départements de droite du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle, où la notion d’électorat catholique reste pertinente, le Concordat y étant toujours en vigueur, la Meurthe-et-Moselle, qui a le seul conseil général de gauche de la région, aurait une influence très diminuée. Même phénomène pour la Meuse et les Vosges, moins peuplées et moins nettement clivées.
Incertitude totale en Aquitaine
Les champions du ciseau électoral risquent fort de s’arracher les cheveux sur le cas de l’Aquitaine. L’adjonction à la région de la Charente et de la Charente-Maritime, si elle n’est pas forcément absurde historiquement, Saintes ayant été la capitale de cet ensemble géographique fort ancien, risque de n’absolument rien changer. La gauche, dominant d’assez peu la droite dans cette région, sortirait renforcée de l’arrivée de la Charente, où elle a obtenu d’excellents résultats aux municipales de 2008, après un grand chelem aux législatives de 2007 et le basculement du conseil général en 2004. Davantage indécise, la Charente-Maritime, où la droite s’est imposée dans d’anciens fiefs radicaux, ne suffirait pas à contrebalancer ce phénomène. Quant au MODEM, même si son président François Bayrou n’a jamais caché ses ambitions régionales, il semble trop isolé sur ses bases béarnaises pour réellement tirer son épingle du jeu, mais pourrait cependant brouiller les cartes.
Brice Hortefeux, président de Rhône-Alpes – Auvergne ?
Comme en Lorraine, la fusion avec une région davantage clivée pourrait faire basculer Rhône-Alpes à droite. Même si la famille Giscard a perdu l’Auvergne en 2004, cette dernière reste assez conservatrice, surtout sur ses marges sud. Au nord, l’Allier zappe sans arrêt depuis 1982 entre droite et communistes, et la droite reste assez présente dans le Puy-de-Dôme, détenu par des socialistes dissidents. L’arrivée de cet ensemble en Rhône-Alpes, où la gauche a connu sa première victoire en 2004, devrait suffire à faire basculer le tout à droite. Un contexte qui pourrait inciter l’Auvergnat Brice Hortefeux à briguer la présidence de la nouvelle région, fort d’une notoriété nationale incontestable malgré une image contestée…
Franche-Comté et duché de Bourgogne à gauche
Une Bourgogne forte n’a jamais été profitable au pouvoir central. En lui accolant la Franche-Comté, la droite au pouvoir va probablement renforcer une gauche qui a beaucoup progressé dans ces deux régions. Il y a dix ans, elle ne contrôlait que les deux petits départements de la Nièvre et du Territoire-de-Belfort, aujourd’hui, seuls l’Yonne, la Côte-d’Or et le Jura lui échappent. Et encore est-elle très menaçante dans ces deux derniers. Pour l’heure, la majorité ne semble pas disposer d’une personnalité pouvant faire la différence face aux hommes du maire ségoléniste de Dijon François Rebsamen.
Clivages renforcés entre Bretagne et Pays-de-la-Loire
Si la Loire-Atlantique rejoint la Bretagne, elle ne fera que renforcer une gauche en pleine expansion dans cette région. En revanche, le reste des Pays-de-la-Loire devrait rejoindre très vite le giron de la droite après le départ de son département le plus peuplé, navire-amiral du PS dans la région. Une tendance que ne devrait pas inverser l’arrivée de la Vienne et des très ségolénistes Deux-Sèvres, évoquée par certains analystes.
Quel avenir pour le Centre et le Limousin ?
Ensemble assez composite au plan géopolitique, la région Centre – Val-de-Loire devrait être amputée d’au moins un département, le Loiret, au profit de l’Ile-de-France. Si l’on veut prêter des arrière-pensées électorales à ce redécoupage, on peut affirmer que l’hypothèse la plus séduisante pour la droite serait de fusionner le Centre avec le reste des Pays-de-la-Loire. A contrario, accoler le Centre sans le département très conservateur du Loiret (et celui ancré à droite de l’Eure-et-Loir) au Limousin renforcerait plutôt le PS qui s’est fortifié dans cette dernière région au détriment des communistes et des chiraquiens.
L’avenir du Limousin semble très incertain. Petit, pauvre, peu peuplé, très ancré à gauche, il ne devrait pas survivre à cette réforme. Une autre hypothèse part sur son renforcement par la Vienne et les Deux-Sèvres, mais cette solution, outre d’être défavorable à la majorité, ne semble pas cohérente territorialement.
La gauche profite de l’éclatement de la Picardie
Provoquant une véritable levée de boucliers, le dépeçage de la Picardie au profit de ses voisins devrait davantage profiter à l’opposition qu’à la majorité. En rejoignant le Nord - Pas-de-Calais, la Somme, dont le conseil général a basculé à gauche en 2008, devrait renforcer un PS hégémonique dans cette région. Si l’Aisne est absorbée par Champagne-Ardenne, elle devrait rééquilibrer cette région passée à gauche en 2004, mais où la droite domine les quatre départements.
Un Grand Paris de gauche dans une Ile-de-France de droite
Le troisième département picard, l’Oise, a basculé à gauche en 2004, mais abrite encore de puissants fiefs de droite, qui pourraient renforcer l’Ouest parisien conservateur en cas de fusion avec l’Ile-de-France. Si le Loiret et l’Eure-et-Loir rejoignent eux aussi l’Ile-de-France, ils ne feront qu’apporter davantage d’électeurs de droite, lui donnant de sérieuses chances de reconquérir cette région très tangente. En revanche, si les départements de la petite couronne parisienne fusionnent avec la ville-centre, pour former un Grand Paris, le solide bastion sarkoziste des Hauts-de-Seine ne pèsera pas très lourd face aux gros réservoirs de gauche de la ceinture rouge.
Laurent Fabius, duc de Normandie ?
La fusion des deux Normandie apparaît comme l’idée la plus viable de cet éventuel redécoupage. Plus industrialisée, plus peuplée et plus à gauche, la Haute-Normandie devrait prendre le pas sur la Basse-Normandie, où la gauche a obtenu quelques beaux succès lors des municipales de 2008. Du coup, Laurent Fabius, candidat malheureux aux régionales de 1992, bien que majoritaire en voix, pourrait tenter un retour gagnant.
Des conseillers territoriaux hâtant le basculement à gauche du Sénat
Les régions Balladur devraient être gérées par des conseillers territoriaux, élus aussi bien au niveau départemental que régional, un peu dans le même esprit que la loi PLM, régissant les arrondissements parisiens et lyonnais et les secteurs marseillais. Ceux des zones rurales seraient désignés uninominalement, au scrutin majoritaire, et ceux des zones urbaines à la proportionnelle. Une mesure qui devrait rééquilibrer la représentation des villes dans les instances départementales, encore largement dominées par les élus ruraux. Conséquemment, les échelons départementaux et régionaux devraient être encore plus dominés par la gauche qu’aujourd’hui. Et, par ricochet, le Sénat, désigné par les élus locaux, pourrait alors changer de majorité.
Emmanuel SAINT-BONNET

mardi 3 février 2009

Cabotage électoral d'Alain Lambert dans l'Orne

Une cantonale partielle devrait avoir lieu dans les semaines qui viennent à Alençon. Elle sera provoquée par ricochet par le président (UMP) du conseil général de l'Orne Alain Lambert, ancien candidat à la candidature à la présidence du Sénat.
Il se trouve que le conseiller général de Putanges-Pont-Ecrépin, Amaury de Saint-Quentin, vient d'être nommé préfet de l'Ardèche. Il a donc démissionné de son mandat. Une partielle a lieu dimanche 8 février. Le candidat de l'UMP n'est autre qu'Alain Lambert, qui délaisse ainsi son canton d'Alençon III.
Il semble qu'il veuille ainsi se trouver un fief sûr pour conserver sa présidence, ce canton étant situé dans un secteur où la gauche est en forte progression. Elle a gagné la ville et la communauté urbaine en 2008, et le PS détient les deux autres cantons.
C'est une nouvelle illustration du vieux terme de "cabotage électoral". Ce n'est cependant pas la première fois qu'un président de conseil général migre pour éviter une déconvenue: on peut citer le cas du changement de canton de Michel Berson (PS) dans l'Essonne qui quitta Yerres (peu sûr puisque fief de Nicolas Dupont-Aignan) pour Evry-Nord, beaucoup plus à gauche, en 2001. On connait aussi le cas de présidents battus dans leur canton qui se firent élire ailleurs pour immédiatement reconquérir la présidence. Ce fut le cas notamment de Jean François-Poncet (Lot-et-Garonne), battu à Laplume et revenu à Duras, ou de Younoussa Bamana qui fit de même à Mayotte.
Alain Lambert justifie cette migration par la possibilité d'avoir cinq ans de mandat devant lui dans ce canton qui vota en 2008, alors qu'avec Alençon III il ne lui restait que deux années. "J'ai clairement marqué que je m'inscrivais dans la continuité d'Amaury de Saint-Quentin, démissionnaire en raison de sa nomination comme préfet, c'est à dire dans le respect absolu des convictions de chacun et sans attache partisane. Seul l'intérêt cantonal et départemental étant pris en compte", affirme-t-il ainsi sur son blog (http://www.alain-lambert-blog.org/index.php?2009/01/23/2474-cantonale-partielle-a-putanges-orne-alain-lambert-candidat).
Mais il ne fut réélu à l'époque qu'avec 25 voix d'avance sur le candidat de gauche. Un signe évident d'essoufflement électoral, puisqu'il avait arraché dès le premier tour ce siège en 1985 au maire socialiste Pierre Mauger, qu'il battra quatre ans plus tard aux municipales. Redécoupé en 1982 à partir du canton d'Alençon-Est, ce canton a longtemps été considéré comme celui des maires de la préfecture, puisque Pierre Mauger y avait devancé son prédécesseur de droite Jean Cren en 1979. L'actuel locataire de l'hôtel de ville, le socialiste Joaquim Pueyo, est pour sa part conseiller général d'Alençon I.
A Putanges en 2008 Amaury de Saint-Quentin a obtenu 65,97 % dès le premier tour (le divers gauche 23,62 % et le PCF 10,41 %). Ce secteur, au coeur des bocages de la Suisse normande, est très solidement ancré à droite. Elu en 1994 avec l'étiquette RPR, Amaury de Saint-Quentin l'a été face à un divers droite, la gauche n'atteignant à l'époque même pas les 10 %. Pour cette prochaine partielle, le terrain semble dégagé pour le président du conseil général, puisque le maire divers droite de Giel-Courtelles Michel Petit, un temps pressenti comme candidat, s'est retiré. "Ouest-France" rapporte qu'il indique que la quasi-totalité des maires du canton soutiennent Alain Lambert (http://www.ouest-france.fr/ofdernmin_-Cantonale-le-PS-soutient-Guy-Mercier_-804406--BKN_actu.Htm).
Il sera cependant intéressant de scruter le résultat du 8 février. Ensuite, si Alain Lambert réussit, une cantonale partielle aura lieu à Alençon III, qui promet d'être bien plus disputée. Mais même si ce canton bascule à gauche, la géopolitique de l'Orne ne s'en trouvera pas modifiée, la droite détenant 33 sièges sur les 40 du conseil général.
Emmanuel SAINT-BONNET et Pierre BOURDEREAU
POUR EN SAVOIR PLUS
Tout sur la géopolitique de l'Orne: http://www.atlaspol.com/NR/orne.htm
Tout sur les élections cantonales: http://christof.rmc.fr/

jeudi 15 janvier 2009

Second tour surprise à Douarnenez

L'empêcheur de tourner en rond n'a pas été le MODEM mais le candidat PCF-Alternatifs, lors de la cantonale partielle de dimanche à Douarnenez (Finistère).
Comme prévu, le candidat divers droite soutenu par l'UMP, Erwan Le Floch, s'est nettement détaché lors de ce premier tour, avec 38,55 % des suffrages exprimés (les résultats complets sur http://christof.rmc.fr/). La vraie surprise, c'est son challenger Hugues Tupin. Classé divers gauche, il a doublé le socialiste Hervé Fourn de 47 voix. Loin devant le MODEM Bernard Conan, qui rassemble 11,19 % des voix.
Mais les centristes détiennent cependant toujours la clé de ce scrutin. Additionnés à ceux de l'UMP, leurs suffrages pourraient permettre à Erwan Le Floch de l'emporter. Alors que la gauche à elle seule, toutes tendances confondues, atteint les 50 %.
Les habituels mauvais reports du MODEM sur la droite dans la région semblent a priori favoriser Hugues Tupin. Seul son profil très à gauche pourrait gripper cette mécanique, comme en témoignent les réactions sur le terrain des militants du MODEM (http://skeptikos.hautetfort.com/archive/2009/01/11/cantonale-de-douarnenez.html). Il convient également de ne pas oublier les abstentionnistes de droite, certainement très nombreux lors de ce premier tour qui n'a vu que 28,68 % de participants. Leur mobilisation pourrait aussi renverser la vapeur.
Ce premier tour illustre en tout cas une certaine défiance des électeurs de ce canton aussi bien face à la majorité présidentielle et gouvernementale qu'au PS. Si on ajoute les suffrages obtenus par les Verts et les autonomistes de Breizhistance à ceux de M. Tupin, on obtient près de 33 %, bien loin devant les 17,91 % du PS.
Seul ce dernier a clairement appelé à voter pour Hugues Tupin, comme le rapporte le Télégramme (http://www.letelegramme.com/gratuit/generales/regions/finistere/cantonales-douarnenez-pas-de-ps-au-second-tour-20090112-4503112_1596645.php). Les socialistes semblent avoir perdu la main pour de bon dans ce fief du communisme sardinier dominé par la droite.
Emmanuel SAINT-BONNET

vendredi 9 janvier 2009

Le MODEM trouble le jeu au large d'Ys

Dimanche se déroulera une cantonale partielle inattendue à Douarnenez, dans le Finistère. Inattendue car le sortant, le maire UMP de la ville-centre Philippe Paul, pensait, après avoir été élu sénateur cet automne, transmettre tranquillement son siège à sa suppléante Catherine Billac.
Or, il semble que les élus connaissent encore mal les modifications du code électoral récemment induites par la création des conseillers généraux suppléants, comme l'explique "Le Télégramme" (http://www.letelegramme.com/local/finistere-sud/ouest-cornouaille/douarnenez/locale/elections-cantonales-partielles-retour-aux-urnes-20080929-3886105_1477213.php). En effet, la démission pour cumul des mandats, comme c'est le cas ici, doit donner lieu à une élection partielle, et non au remplacement du titulaire par le suppléant.
A première vue, la droite devrait conserver ce canton, qu'elle détient depuis 1994, et où Philippe Paul a été réélu au premier tour en 2008, avec 51,03 %, en l'absence de candidat du FN. Il avait alors fait coup double en enlevant la mairie de Douarnenez à la gauche.
Cependant, de nombreux facteurs pourraient gêner l'adjoint au maire de Douarnenez Erwan Le Floch, candidat investi par l'UMP.
Au premier rang de ceux-ci, le MODEM. En 2008, il avait été absent du jeu électoral d'où, vraisemblablement, le bon score de Philippe Paul. Ce dernier provient des rangs de l'UDF, et avait succédé au centriste Joseph Trétout, qui avait arraché ce canton aux socialistes en 1994. Cette fois-ci, les centristes présentent Bernard Conan, qui mène une campagne assez active, aussi bien sur le terrain que sur le Web (http://singulierdemocrate.over-blog.fr/article-26228892.html).
Le PS, emmené par Louis Le Pensec, avait réussi à faire élire l'un des siens pour deux mandats, depuis 1982, sur fond de lente montée de la gauche dans le Sud-Finistère, qui avait débouché sur le basculement du département en 1998. Mais la nouvelle majorité n'est pour l'instant pas parvenue à reprendre Douarnenez.
Vieille terre MRP passée aux gaullistes en 1976, ce canton, situé au nord du Pays Bigouden, dans la Bretagne des légendes (la ville d'Ys reposerait au large de Douarnenez), n'est cependant pas monocolore. Si la droite gagne le plus souvent grâce aux campagnes, la gauche est présente depuis le début du XXe siècle dans la ville-centre. Aujourd'hui plutôt tournée vers la navigation de plaisance, Douarnenez a autrefois abrité de grandes conserveries. C'est ici qu'est né le communisme sardinier, déclinaison bretonne de ce mouvement dont l'implantation resta assez médiocre dans le reste de la région.
En plus du socialiste Hervé Fourn, conseiller municipal de Douarnenez, le PCF alignera un candidat commun avec les Alternatifs, Hugues Tupin, lui aussi élu de la ville-centre. Le Vert Jean Cathala, qui a dépassé les 10 % en mars 2008, repartira au combat.
Comme souvent dans ce canton, l'offre de gauche s'avère assez importante. Il conviendra cette fois-ci d'ajouter Arnaud Vannier, du mouvement Breizhistance (http://bretagnelibre.over-blog.com/article-25861160.html).
Si Erwan Le Floch, favorisé par l'absence du FN, ne passe pas au premier tour, une mécanique complexe de reports devrait se déclencher au second. Même si les militants bretons du MODEM et du PS semblent peu proches sur le terrain, la singulière porosité entre leurs électeurs, qui a beaucoup oeuvré lors des législatives de 2007 et des cantonales de 2008, pourrait de nouveau se faire entendre. Il faut savoir en effet que les leaders socialistes et de la défunte UDF ont souvent été nourris, dans leur jeunesse, au même lait des mouvements ouvriers et paysans. Et que beaucoup d'électeurs centristes n'ont toujours pas pardonné le ralliement inconditionnel de la plupart de leurs élus à l'UMP en 2002. Parmi eux, un certain... Philippe Paul.
Pour ce dernier, qui fait figure d'homme fort du secteur, ce scrutin partiel aura valeur de test. Son candidat risque fort de ne pas le remporter s'il n'obtient pas, dimanche, au moins 45 % face au PS ou au MODEM... Ou aux deux en même temps.
Reste une dernière inconnue: l'abstention, qui promet d'être forte comme lors de la plupart des partielles, et peut elle aussi déjouer bien des pronostics.
Emmanuel SAINT-BONNET
POUR EN SAVOIR PLUS
Tout sur la géopolitique du Finistère: http://www.atlaspol.com/BR/Copie%20de%20finistere1.htm
Tout sur les élections cantonales: http://christof.rmc.fr/

mercredi 7 janvier 2009

Ginestas à l'aube de l'après-Schivardi?

Gérard Schivardi, candidat du Parti des travailleurs (PT) à la dernière élection présidentielle, a été démis de ses fonctions de conseiller général (divers gauche) de Ginestas, dans l'Aude, a annoncé l'AFP mardi 6 janvier.
Selon la Dépêche du Midi (http://www.ladepeche.fr/article/2009/01/07/518273-Ginestas-Cantonales-Gerard-Schivardi-demis-de-ses-fonctions.html), c'est pour une facture d'imprimeur de 223,45 € que le tribunal administratif a rendu cette décision, assortie d'une peine d'inéligibilité d'un an, à l'encontre du maire de Mailhac. Expliquant qu'il n'avait pas ouvert de compte lors des élections cantonales de 2008, faisant campagne sur ses propres deniers, Gérard Schivardi affirme: « C'est moi-même qui a indiqué ce montant lorsque quelqu'un de Paris, de la commission des comptes, m'a téléphoné pour me demander pourquoi je ne faisais pas de dossier pour être remboursé ».
Sur son site, recueillant des réactions indignées d'internautes face à cette décision, TF1 indique notamment que M. Schivardi fera appel devant le conseil d'Etat (http://tf1.lci.fr/infos/france/politique/0,,4216828,00-des-ennuis-pour-schivardi-.html). Cet appel, s'il est déposé, sera suspensif.
Au delà de la polémique naissante sur cette affaire, force est de constater que l'éventuelle disparition de Gérard Schivardi des travées du conseil général de l'Aude a peu de chances de bouleverser la géopolitique du canton de Ginestas.
Officiellement sans étiquette jusqu'à la création de son Parti ouvrier indépendant (POI) en juin dernier, le conseiller général sortant provient en fait du PS, auquel il a adhéré en 1975. Il en fut même secrétaire fédéral jusqu'en 2003, année de sa candidature dissidente à l'élection partielle devant remplacer le conseiller général PS de Ginestas, Jean Palancade, démissionnaire, élu en 1988. Au terme d'une campagne axée sur la défense des services publics, mais également marquée par une certaine méfiance face à l'intercommunalité, Gérard Schivardi souffle le canton au candidat officiel du PS, Yves Bastié.
Lors des cantonales de mars dernier, il a obtenu 63 % des suffrages exprimés dès le premier tour. Un résultat habituel dans ce canton, très solidement ancré à gauche, puisqu'il n'a élu que des socialistes sous la Ve République.
Situé aux confins du Minervois et du Narbonnais, bordé par le canal du Midi, le canton de Ginestas est en partie constitué d'une plaine viticole. Comme la plupart des régions productrices de vin, il a connu très tôt la déchristianisation, avant d'entrer au début du XXe siècle dans l'orbite du Midi rouge, sur fond de révoltes vigneronnes. D'où un reste de tempérament frondeur, allumé, selon certains, sur les bûchers de la croisade contre les Albigeois au début du XIIIe siècle. En 1210, en effet, 240 cathares ont été brûlés à Minerve, au nord-ouest de Ginestas.
Grand pourfendeur des directives de l'Union européenne et des structures intercommunales, tout en se déclarant profondément laïc et républicain, Gérard Schivardi a su incarner cette tradition de révolte, dans un secteur où sévit encore quelquefois le Comité d'action viticole. En 2004, il fut pressenti pour diriger une liste régionaliste aux élections europénnes, avec la coalition Languedoc et Catalogne, qui évoquait des thèmes encore sensibles dans la région.
Si son invalidation est confirmée par le Conseil d'Etat, il reste fort probable que Ginestas demeurera à gauche. Reste à savoir quel élu portera ses couleurs. Un militant du POI soutenu par M. Schivardi ou un maire sans étiquette? Sans oublier le PS qui, même s'il paraît notabilisé (seuls deux conseillers généraux se sont succédés entre 1958 et 2003), ne reste pas loin des leviers de commande dans ce canton.
Emmanuel SAINT-BONNET
POUR EN SAVOIR PLUS
Tout sur la géopolitique de l'Aude: http://www.atlaspol.com/LARU/aude1.htm
Tout sur les élections cantonales: http://christof.rmc.fr/

lundi 15 décembre 2008

Mais que se passe-t-il donc dans le Cantal?

Nul doute qu'Alain Marleix, ministre délégué aux Collectivités locales chargé du redécoupage législatif, et fin connaisseur de la carte électorale à l'UMP, a examiné avec attention les résultats des deux partielles qui ont eu lieu dimanche dans son département du Cantal.
Si ces deux cantonales ne remettent nullement en cause l'écrasante domination de la droite au sein du conseil général (19 sièges sur 27), elles vont totalement à l'encontre de la géopolitique de ce département.
A Aurillac IV, canton détenu depuis 1994 par le PRG Jacques Mézard, c'est le divers droite Philippe Maurs qui l'emporte face à la socialiste Claudine Fley, par 57,9 %. Il avait obtenu 53,6 % lors du premier tour, dimanche 7 décembre, mais la très faible participation (38 %) nécessitait l'organisation d'un second tour.
Pour la droite, cette victoire sonne comme une revanche sur les sénatoriales de septembre dernier. Lors de ce scrutin, Jacques Mézard avait soufflé le siège détenu par l'UMP Roger Besse, qui ne se représentait pas, au divers droite Yves Coussain.
Cette élection avait constitué l'une des plus grosses surprises de ces sénatoriales: l'envoi au palais du Luxembourg d'un homme de gauche par un département solidement ancré à droite.
Elle s'expliquait cependant par le contexte local. Président de l'agglomération d'Aurillac, Jacques Mézard avait eu raison d'une figure de la droite sur le déclin. Ayant arraché en 1988 la 1ere circonscription, formée autour d'Aurillac, aux socialistes, Yves Coussain a ensuite échoué aux municipales de 1995 à Arpajon-sur-Cère et de 2001 à Aurillac. Ayant abandonné sa circonscription en 2007, il pensait poursuivre sa carrière au Sénat mais a payé un certain désamour local.
Découpé en 1973 à partir de l'ancien canton d'Aurillac-Nord, ce canton est une vieille terre radicale. Aurillac-Nord est passé mécaniquement à droite en 1972, lorsque le conseiller général radical a refusé le Programme commun. En 1979, c'est Philippe Maurs qui lui succède sous l'étiquette UDF.
Industriel, laïc, le bassin d'Aurillac vote à gauche sans interruption depuis 1977. Les quatre cantons de la préfecture étaient tous à gauche depuis 1994. La droite signe avec cette partielle un retour dans ce seul secteur du Cantal où elle a quelques difficultés à s'imposer.
Ce n'était jusque-là pas du tout le cas du côté de Saint-Flour. Or, le canton Sud de la sous-préfecture est passé à gauche dimanche. Une demi-surprise, puisque le 7 décembre, le socialiste Gérard Salat est arrivé en tête avec 50,54 % face à l'UMP Michel Rouffiac. La participation n'ayant atteint que 41 %, un second tour a été organisé. Il a vu le PS l'emporter avec 53,18 %, avec une abstention de 64,11 % due en partie aux fortes chutes de neige de ce dimanche.
C'est une véritable pierre dans le jardin de Pierre Jarlier, le sortant UMP qui, comme Jacques Mézard, a du se conformer à la loi sur le cumul des mandats, étant maire de Saint-Flour depuis 1989 et réélu sénateur en septembre.
Depuis 1958, c'est une première sur la terre d'élection de Georges Pompidou. Contrairement à Aurillac, Saint-Flour demeure une ville catholique et conservatrice, relativement isolée dans un environnement très rural et peu porté à gauche. Le canton Sud est découpé sur la Planèze, un haut-plateau volcanique propice à l'élevage, et ouvert sur l'Aubrac et la Margeride, régions aussi très conservatrices du Massif central. Depuis un demi-siècle, il n'a été représenté que par différentes sensibilités de droite: indépendants, gaullistes, chrétiens-démocrates, libéraux...
Dans ce contexte, plusieurs explications peuvent être avancées à ce résultat.
Avant tout, bien sûr, la personnalité du nouvel élu. Gérard Salat n'est pas un inconnu dans ce canton. Maire de Villedieu, il a ainsi pu attirer un certain nombre de suffrages ruraux, qui se sont additionnés à ceux provenant de Saint-Flour, où l'électorat de gauche reste tout de même plus présent. A noter qu'il fut également suppléant du candidat PS aux dernières sénatoriales, Jacques Klem. Ce qui a sans doute laissé des traces dans ce secteur où les électeurs restent assez proches de leurs élus.
D'autres raisons, tenant à la mécanique même des élections partielles, peuvent être invoquées. Ainsi, il est plutôt courant que l'électorat rural remplace un élu qui abandonne son siège par un de ses opposants politiques, comme c'est le cas assez souvent dans un département tel, par exemple, les Hautes-Alpes. Dans d'autres, comme l'Eure-et-Loir, toutes les législatives partielles, depuis 1988, ont été perdues par les sortants.
Enfin, il ne faut sans doute pas mettre de côté certains changements sociologiques. Même si Saint-Flour Sud peut toujours être classé dans le "rural profond", le voisinage de l'A75 attire peu à peu une nouvelle population aux comportements électoraux différents. Ce qui est valable également pour Aurillac, tant les comportements des électeurs urbains deviennent volatiles.
Les prochaines consultations seront l'occasion de constater s'il s'agit d'un épisode sans lendemain, du à des causes conjoncturelles, ou l'amorce de changements géopolitiques plus profonds.
Emmanuel SAINT-BONNET
Photo: carte historique des cantons du Cantal depuis 1958 (fond de carte http://www.geoatlas.fr/)
POUR EN SAVOIR PLUS
Tout sur la géopolitique du Cantal http://www.atlaspol.com/AU/cantal.htm
Tout sur les élections cantonales http://christof.rmc.fr/

vendredi 12 décembre 2008

Les descendants des révoltés du Bounty aux urnes

Comme chaque année, au mois de décembre, les citoyens des îles Pitcairn vont se rendre aux urnes, mercredi 24, pour désigner les quatre membres élus du conseil.
Situé à 2220 km de Tahiti, ce minuscule (49 km²) archipel de quatre îles, dont une seule est habitée, est le plus petit groupement humain auto-administré... depuis la fameuse mutinerie du Bounty en 1790.
Jusqu'en 1831, Pitcairn a de facto été souveraine, avant de devenir une colonie britannique. Pour cause de surpopulation, elle a subi, au cours du XIXe siècle, de nombreux transferts de ses habitants, notamment à Tahiti et dans la possession australienne de Norfolk. Les neuf mutins anglais, qui ont débarqué en 1790 sur cet ilôt désert découvert en 1767, en compagnie de 12 Tahitiennes, six Noirs et un bébé, sont tous morts en 1800, à l'exception d'Alexander Smith (alias John Adams).
Cependant, les 48 habitants actuels, issus de neuf familles différentes, descendent tous des révoltés. Ainsi, la liste des dirigeants de l'île (http://rulers.org/rulp2.html#pitcairn_island) contient-elle nombre d'Adams et de Christian (de Fletcher Christian, 1764-1793, meneur de la mutinerie).
Fletcher Christian, leader de la communauté de 1790 à 1793, a institué le partage des terres toujours en vigeur aujourd'hui. John Adams (1767-1829), qui a laissé son nom à la capitale Adamstown, fut leader de 1800 à 1829. C'est lui qui rédigea la plupart des lois actuelles, basées sur le christianisme. Les habitants sont adventistes du septième jour depuis 1886.
A la mort d'Adams, l'île sombra dans une période d'anarchie qui déboucha sur la prise de pouvoir, en 1832, du président Joshua Hill (1773-1844), présenté sur le site officielle des îles (http://government.pn/index.html) comme un dictateur, auto-proclamé représentant de la Couronne britannique. L'érection des îles en colonie britannique, en 1838, permet la mise en place du régime des magistrats élus pour trois ans par un conseil de dix membres. Depuis la dernière révision constitutionnelle, en 2000, le pouvoir est exercé par le maire d'Adamstown et par le président du conseil.
Sur les dix membres du conseil, seuls quatre sont désignés au suffrage universel. Ils élisent le maire et le président du conseil. Ce dernier, avec les quatre élus au suffrage universel, co-opte un septième membre. Deux autres, dont le secrétaire des îles, sont nommés par le gouverneur général, poste revenant à l'ambassadeur britannique en Nouvelle-Zélande. Le dixième siège est réservé au haut-commissaire non-résidant, siégeant lui aussi en Nouvelle-Zélande, chargé de faire la liaison entre le gouverneur et le conseil.
Les élections annuelles du 24 décembre ne devraient pas bouleverser l'équilibre politique de la petite colonie. En effet, le maire actuel, Mike Warren, 44 ans, n'achève son mandat qu'au 31 décembre 2010. Cependant, la classe politique locale se remet lentement d'un énorme scandale de pédophilie, qui a conduit les autorités britanniques à démettre le maire Steve Christian en 2004.
Considérée comme la plus petite démocratie du monde, Pitcairn n'a aucun parti politique.
Dépendant politiquement du Royaume-Uni, en théorie, mais en pratique de la Nouvelle-Zélande, l'archipel l'est aussi au plan économique. Les biens de consommation sont le plus souvent parachutés ou amenés par voie maritime depuis ce pays. Les seules ressources proviennent des productions agricoles, dont un miel assez réputé, ainsi que des devises rapportées par les pièces de monnaies et les timbres, très recherchés par les collectionneurs, et par la vente des domaines Internet en .pn.
Emmanuel SAINT-BONNET